A Propos / Restauration de la Calyspo : interview de P. Quesnel, chef de projet
Restauration de la Calyspo : interview de P. Quesnel, chef de projet
La calypso bientôt remise à flots.
Interview de Patrice Quesnel, responsable de la rénovation
Propos recueillis par David König, publiés dans le Calypso Log n° 243

Calypso Log : Vous qui êtes responsable du programme de rénovation pour l’Équipe Cousteau, pouvez-vous nous dire ce qu’il y a de nouveau?
Patrice Quesnel : De l’extérieur, les travaux pourraient donner l’impression que rien n’a évolué ; en réalité, de nombreuses opérations sont en cours, qui ne sont pas forcément visibles. Ainsi, le chantier bois est actuellement dans la phase de vérification. L’intégralité de la restauration du bateau s’effectue suivant de nouvelles réglementations : tout ce qui n’est pas refait à l’identique doit être certifié conforme selon le cahier des charges pour navire bois. Pour mieux comprendre la difficulté de la situation, il faut savoir qu’un bureau de vérification ne fait pas de recommandations, il se contente d’accepter ou de refuser les travaux, et ce n’est qu’alors qu’on sait ce qui sera ou non admis… Ces procédures sont beaucoup plus faciles pour les bateaux en acier, construits en nombre ; il n’en va pas de même pour les bateaux en bois : les connaissances des charpentiers de marine se sont quelque peu perdues.
C. L. : En quoi cette étape est-elle importante ?
P. Q. : C’est une phase cruciale pour obtenir les autorisations nécessaires pour le certificat de navigation. Afin d’éviter les problèmes, les vérifications doivent s’effectuer au cours des travaux, et non une fois achevés. La restauration à l’identique ne pose pas de problème, puisqu’il suffit de refaire ce qui a déjà été fait. Mais dans bien des cas, il faut improviser pour remplacer des pièces manquantes. D’ailleurs, les travaux précédemment réalisés sur la Calypso, comme la modification de l’ancien bordé, n’obtiendraient pas tous aujourd’hui leur certification.
C. L. : Et les moteurs ?
P. Q. : Nous les avons reçus ! Pour faire notre choix, nous avons lancé un appel d’offres auprès de quatre marques, dont Cummings, déjà présente à bord, IVECO (du groupe Fiat) qui a réalisé les moteurs d’Alcyone, Volvo, en raison de leur réputation « verte », et enfin Caterpillar, dont le concessionnaire est situé à proximité du chantier. Nous avons reçu des propositions commerciales, examiné les différences de prix, de performances et, bien sûr, les critères écologiques. Au bout du compte, le moteur le plus « propre » était celui de Volvo. Le contrat a été signé il y a quelques mois au Salon Nautique. Nos interlocuteurs pour Volvo France sont les établissements Le Pocher à Quimperlé : une famille de mécaniciens installée en Bretagne depuis trois générations. Ce n’est pas seulement d’un vrai savoir-faire dont nous profitons, mais aussi d’un contact humain convivial. Il fallait voir la fierté et la passion dans les yeux de cette famille de mécaniciens, le jour où les moteurs sont arrivés. Trois générations étaient réunies là, du petit-fils de 35 ans au grand-père de 84 ans, pour les accueillir, mais aussi pour faire la fête. Leur contact nous a rappelé les chefs mécanos de la Calypso du temps du Commandant.
C. L. : Quels corps de métier travaillent encore sur le chantier ?
P. Q. : Sur le terrain, nous avons des chaudronniers et des charpentiers… Concernant la coque, le travail avance : il ne reste plus que le bordage à faire. L’essentiel, c’est que la structure soit réalisée, comme pour le toit d’une maison. Une fois qu’on en a terminé avec la coque, vient le moment d’installer les réservoirs, puis le moteur. Les réservoirs de 3 000 à 4 000 m3 doivent être positionnés et calés par rapport à la coque. Les chaudronniers construisent les réservoirs à l’extérieur du bateau pour ne pas avoir à effectuer de soudures dans le ventre du navire, à proximité du bois. Selon le plan de l’architecte, chaque réservoir a sa forme propre, suivant l’endroit où il va être placé. Certains de ces réservoirs sont en acier, comme pour le gasoil, d’autres en inox pour les eaux douces ou usées. Il faut également cloisonner l’intérieur des réservoirs pour éviter que les liquides ne bougent trop dans les mouvements du navire ; des trappes de visite doivent aussi être ménagées pour qu’on puisse inspecter l’intérieur, le tout avec des normes assez complexes, spécifiant jusqu’au nombre de boulons obligatoires !
C. L. : Parlez-nous des aménagements…
P. Q. : Pour les aménagements, la restauration se fera à l’identique, même si cela n’est pas évident. Ainsi, nous nous sommes demandés s’il fallait ou non remettre des lavabos dans chaque cabine, comme avant, même si cela ne se fait plus. Finalement, nous allons le faire, pour respecter au maximum ce qu’était la Calypso et nous retrouver dans son univers, comme dans les films du Commandant. Plusieurs marins de la Calypso nous ont signalé une cabine où la couchette avait été mal positionnée (dans le sens du roulis), et donc propice au mal de mer. Même les plus amarinés y étaient malades. Eh bien nous avons décidé non pas de la modifier mais de la garder telle quelle pour respecter le principe de la restauration à l’identique… Cela fait partie du jeu ! La timonerie à elle seule est un véritable casse-tête, car nous voulons qu’elle ressemble à l’originale, mais elle doit être munie des instruments de navigation électroniques obligatoires sur tous les navires. Nous n’allons pas naviguer au sextant ; le GPS remplace les radars d’il y a trente ans, mais nous nous efforçons de conserver à la timonerie son look à l’ancienne.
C.L. : C’est de la déco à ce niveau-là ?
P.Q. : Non, ce n’est pas de la décoration, c’est de l’Histoire !
