Expéditions / Mer Caraïbe - Le destin des épaves
Mer Caraïbe - Le destin des épaves
Mer Caraïbe - Le destin des épaves
À l'image de toutes les productions de l'homme (1974)
Nous sommes aux Caraïbes, près du Banc d'Argent où tant de navires furent brisés par les tempêtes et les écueils. Je me dirige en zodiac vers une épave récente - un grand cargo.
Comme les galions de la Flotte de l'Or espagnole, aux XVIè et XVIIè siècles, il se fit surprendre par la mer. Mais Il ne coula pas vraiment : il heurta un haut fond et resta échoué. À marée haute, on en aperçoit encore une bonne partie. À marée basse (comme sur la photographie), il se trouve presque entièrement découvert, et ressemble à un pathétique château de tôles rouillées, rongées, découpées comme une dentelle fine...
Chaque épave a une histoire - celle d'un armateur, d'un capitaine, d'un équipage... Le drame se noua, un jour ou une nuit, pour les hommes qui y voguaient. Ces derniers avaient l'impression d'être en sécurité sur leur bateau. Ils faisaient confiance à la technologie humaine. Ils se disaient que ce que l'Intelligence de notre espèce avait conçu pouvait affronter la grande Nature... Au fond de leur coeur, peut-être, doutaient-ils. Mais ils ne pouvaient pas avouer leur crainte, sous peine de passer pour des pleutres...
L'image des naufrages s'impose à moi, irrésistiblement, chaque fois que je me trouve en présence d'autres oeuvres humaines où notre espèce étale son arrogance. Alors, je songe à ces dizaines de bateaux que j' ai vus, anéantis par la mer... Je me dis que l'homme écoute rarement les leçons que les éléments lui donnent. Qu'il oublie trop vite. Qu'il n'est pas assez modeste pour mériter le qualificatif de "sage" qu'il s'est attribué lui-même.
