1942 - « Par 18 mètres de Fond » - première réalisation

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En 1942, Cousteau se lance dans la réalisation de son tout premier film : « Par 18 mètres de fond ».

Il ne dispose encore d’aucun appareil capable de répondre à ses exigences. A peine a-t-il expérimenté avec Philippe Tailliez une caméra enfermée dans un bocal de verre ainsi que la caméra utilisée par le père Antoine Poidebard pour les premières expériences de prise de vues archéologiques subaquatiques, jugée inadaptée aux évolutions d’un nageur sous-marin.
 

Il dispose d’une vieille caméra Kinamo Zeiss 35 mm à chargeur de 16 m, offrant moins de 30 secondes de film. Il déniche à Marseille, dans le bric à brac d’un brocanteur Hongrois, un objectif très lumineux, un Kinoplasmat Hugo Meyer, qui n’offre pas un très bon « piqué d’image » mais permet d’ouvrir sur un diaphragme de 1,5.

En absence de tout éclairage sous-marin et compte tenu de la perte considérable de lumière qu’occasionne l’immersion dans le milieu marin, il est primordial de disposer d’un objectif qui « ouvre grand ». Pour la même raison, qui est de faire entrer le maximum de lumière sur la pellicule, Cousteau fait réduire la vitesse d’obturation de la caméra et modifier la vitesse de défilement en accord, pour obtenir les indispensables 24 images par seconde.

 

Caméra Zeiss Ikon modèle Kinamo 35mm

Mais la caméra n’est pas tout. Il faut inventer le caisson étanche pour la loger. C’est avec Léon Vèche, son ami ingénieur mécanicien de la Royale, et génial bricoleur touche à tout, qu’il conçoit ce caisson. Léon Vèche, avec des moyens de fortune, confectionne un caisson étanche en laiton, dont les commandes de mise au point et d’ouverture du diaphragme se font par l’intermédiaire de presses étoupes, tandis que le déclenchement s’effectue à l’aide d’une commande souple.

 

Portrait de Léon Vèche

 

La pellicule cinématographique, en ces temps d’occupation, est introuvable. Mais le 35 mm est le standard de pellicule 24x36 des appareils photographiques Leica, que l’on trouve encore dans quelques boutiques de Marseille et de Toulon. Jacques-Yves et Simone écument les magasins spécialisés à la recherche de bobines vierges 24x36 Isopan F noir et blanc. C’est sous une épaisse couverture en guise de chambre noire que Cousteau les assemble, une à une, de manière à constituer des longueurs de 16 mètres nécessaires au chargeur de la Kinamo, soit dix charges de Leica.

Le caisson parallélipipédique manipulé par Léon Vèche

Pour demeurer invisible, les collures doivent tomber entre deux images, et respecter des multiples de quatre perforations, correspondant à la largeur d’une image, égale à 18 mm.

 

 

Tournage aux Embiez 1942 - Jacques-Yves Cousteau et Léon Vèche

 

 

 

 

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