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Les coquilles des mollusques vivants dissoutes par l'acidité des océans
Des chercheurs du Laboratoire d’océanographie de Villefranche (LOV) (CNRS / UPMC) viennent de montrer que des organismes marins clés tels que les coraux profonds et les ptéropodes (escargots planctoniques) seront profondément affectés par l'augmentation de l'acidité des océans engendrée par les émissions de gaz carbonique, alors que leur rôle au sein de leurs écosystèmes est essentiel.
Environ un quart des émissions de dioxyde de carbone relâchées dans l’atmosphère par les usines, les centrales électriques et les véhicules finissent aujourd’hui par être absorbées par les océans. Cela représente plus de six millions de tonnes de carbone par jour. Cette absorption massive a permis de réduire les changements climatiques mais elle entraîne également un bouleversement de la chimie de l’eau de mer. En effet, le dioxyde de carbone se dissout dans l'eau et se transforme en acide carbonique, augmentant l’acidité des océans. D’ici 2100, aux taux d'émissions actuels, il est estimé que l’acidité moyenne des océans aura triplé, ce qui est une première depuis 20 millions d’années.
Les premiers résultats publiés par l'équipe du LOV qui étudie l’impact d’une telle diminution de pH sur des organismes calcificateurs soulèvent de grandes inquiétudes sur le futur des ptéropodes, des coraux profonds et des organismes qui dépendent d’eux pour leur nutrition ou pour leur habitat.
Une plus grande quantité de dioxyde de carbone peut se dissoudre dans l'eau froide que dans l'eau chaude ce qui entraîne une acidification encore plus importante au niveau des océans des pôles, en Arctique et en Antarctique.
Le Limacina helicina, un petit mollusque jouant un rôle important dans la chaîne alimentaire et le fonctionnement de l’écosystème marin Arctique, notamment en tant que proie des baleines à fanons, du saumon et de plusieurs espèces d'oiseaux de mer serait particulièrement vulnérable : sa coquille calcaire qui constitue une protection vitale présenterait une croissance à une vitesse 30 % plus faible dans une eau de mer ayant les caractéristiques d'acidité attendues en 2100. Une diminution encore plus forte (50 %) a été mesurée chez le corail d’eaux froides Lophelia pertusa. Alors que les récifs coralliens tropicaux sont formés par un grand nombre d’espèces, les communautés coralliennes d’eaux froides sont élaborées par une ou deux espèces de coraux mais abritent un grand nombre d’autres espèces. Une diminution de la croissance des coraux constructeurs par l’acidification des océans peut donc menacer l’existence même de ces édifices.
L’acidification des océans ne peut être contrôlée qu’en limitant les concentrations futures de CO2 dans l’atmosphère. Les négociations visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre devant être finalisées à Copenhague en décembre prochain devront donc également prendre en compte le caractère acide du CO2 absorbé par les océans et qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour de nombreux organismes marins et écosystèmes.
En savoir plus >> Visitez le site du programme Européen sur l'acidification des océans
