L'Equipe Cousteau à la Journée des Océans de la Conférence de Copenhague

14 December 2009

Les Océans, en danger d'acidification, largement oubliés dans les négociations de Copenhague

Les Mers et Océans de notre planète couvrent soixante dix pourcent de la surface terrestre et hébergent le même pourcentage de biomasse. Ils sont essentiels à la vie sur terre en produisant de l’oxygène, en absorbant le CO2 (annuellement vingt cinq pourcent du CO2 que nous produisons) et en régulant le climat et la température. Cinquante pourcent de l’humanité vit le long des côtes et vingt trois pourcent à moins de cent kilomètres d’une côte et à moins de cent mètres du niveau de la mer.

Ils sont pourtant très peu présents, contrairement aux forêts, dans le coeur des négociations de Copenhague. Et pourtant le Monde du Silence, cher au Commandant Cousteau, est exposé face a nos excès à un risque de dégradation de sa biodiversité par acidification qui ne s’est pas vu depuis plus de 20 millions d’années !

Depuis 1800, le tiers des émissions de CO2 liées aux activités humaines a été absorbé par les océans, ce qui équivaut chaque année à 1 tonne de CO2 par personne. Les océans jouent donc un rôle très important en tant que puits de carbone, mais il semblerait que leur rôle d'absorption du CO2 ait cessé d'augmenter. Cette absorption massive a permis de compenser en partie le changement climatique, mais entraîne également un bouleversement inquiétant de la chimie de l'eau de mer : son acidification. De nombreux organismes marins seront profondément affectés par ce phénomène car leur squelette est à base de calcaire (ptéropodes ou coraux) et leur rôle écologique est essentiel.


Une nouvelle étude, basée sur plus de 300 articles scientifiques et publiée aujourd'hui par le secrétariat de la Convention sur la Diversité Biologique en collaboration avec le Centre de surveillance de la conservation de la nature (UNEP-WCMC), prédit que l'acidité de l'océan pourrait augmenter de 150% d'ici à 2050. Cette augmentation dramatique est 100 fois plus rapide que toutes les évolutions d'acidité subies par l'environnement marin depuis 20 millions d'années, laissant très peu de temps et de possibilité d'adaptation aux systèmes biologiques.

Dans le cadre des « side events » de la Conférence, une journée a été consacrée aux Océans et s'est tenue le 14 Décembre. Les expert du monde entier ont tiré la sonnette d’alarme sur le risque d’une acidification catastrophique des milieux marins liée à l’absorption de Co2.

L’accent à également été mis sur l’exposition aux risques climatiques des communautés côtières, particulièrement dans les pays en développement et les états insulaires avec des interventions de politiques des Îles Salomon, de la Polynésie Française et d’Indonésie. L'évènement à été inauguré par un discours du Prince Albert II de Monaco, de Mr Patricio Bernal, Secrétaire Exécutif de la Commission Océanographique Internationale, et de nombreuses autres personnalités.

Le Jour des Océans a rassemblé plus de 300 experts du monde marin, représentants des gouvernements et amoureux de la mer et des océans. Le Prince Albert, lors de son discours, a rappelé les nombreux risques liés au réchauffement des océans et à l'élévation du niveau de la mer, en qualifiant les océans de "réservoirs de vie et d'espoir…Le domaine des nouvelles peurs et des nouveaux défis."

Rappelons que pour attirer l’attention des médias, le Président des Maldives avait organisé en octobre 2009 un conseil des ministres par six mètres de fond en combinaisons et bouteilles de plongées. Symboliquement, le conseil avait adopté une résolution appelant à une action mondiale pour la réduction des émissions des gaz à effet de serre. L’archipel des Maldives, comme de nombreux états insulaires et régions côtières, est exposé a cinq des plus importantes menaces liées a l'impact du changement climatique sur les océans : (1) l’impact de la montée du niveau de la mer ; (2) celui du réchauffement des eaux (3) l’altération du régime des courants marins, (4) la modification du régime des pluies, et enfin (5) l’acidification due à la dilution accrue de Co2 dans l’eau. Tous ces sujets ont été amplement évoqués et principalement leurs impacts attendus sur la sécurité alimentaire, la prospérité économique et plus généralement le bien être des populations côtières (Déclaration de Manado 2009).

Depuis de nombreux mois, un consensus s’établissait au sein des experts du GIEC pour affirmer que l’apport des calottes du Groenland et de l’Antarctique avait été très sous-estimé en 2007. Les chiffres qui circulent tournent à présent autour de 60- 80 cm pour 2100. En 2007, la commission intergouvernementale des Nations unies sur le changement climatique a prévenu qu'une hausse du niveau de la mer de 18 à 59 cm d'ici 2100 serait suffisante pour rendre l’archipel des Maldives inhabitable. La situation est déjà critique pour de nombreuses îles mais également les détroits et les estuaires. Dans des pays extrêmement peuplés et pauvres comme le Bengladesh, la situation est déjà très préoccupante. Avec plus de cent quarante millions d’habitants concentrés sur un territoire à peine plus grand que le quart de la France, le Bangladesh est l’un des Etats les plus exposés du monde : le GIEC estime à 5,5 millions le nombre de personnes déplacées pour une élévation du niveau de la mer de 45 centimètres.

On le voit, les mers et les océans ont un rôle crucial dans le système climatique. Le Word
Ocean Day l’a rappelé. Nous insistons pour notre part sur le fait que le bouleversement du climat généré par nos activités impactent des écosystèmes marins fragiles et déjà soumis à des stress important liés à l’urbanisation des côtes et la surexploitation des ressources marines. Avec l’acidification en cours, le danger est grand de voir des seuils d’irréversibilité franchis avec des conséquences dont nous pouvons actuellement difficilement appréhender l’ampleur. Les scientifiques s’accordent à dire qu’il faut éviter à tout pris de dépasser le seuil des 350 ppm d’équivalent Carbone dans l’atmosphère, 450 ppm impactant déjà très largement les coraux et de nombreux autres organismes marins. De large et rapide réduction des émissions globales de C02, d’au moins 50% d’ici 2050 sont indispensables.

Des mesures de compensation ont été évoquées, mais qui remettent de notre point de vue trop rarement en question un modèle de développement que le Commandant Cousteau avait depuis longtemps dénoncé lorsqu’il disait : « Il y a une sorte d’ironie dans notre destin. Nés d’une lutte tout à fait légitime pour notre survie, la recherche technologique et le progrès risquent à présent de compromettre notre survie même avec celle des autres espèces végétales et animales. »

Il est plus que temps d'inventer un nouveau modèle de développement plus juste enfin en phase avec les cycles naturels et respectueux du vivant.

Tarik CHEKCHAK de Copenhague COP 15

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